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A la découverte du Caucase – 6 – Bienvenue chez les géorgiens

C’est sans regrets que je m’apprête à quitter Marneuli ce matin, comme toutes les villes de frontières elle ne m’inspire pas confiance… Il faut dire qu’entre mon expérience dans le bordel de la veille et les mecs louches qui trainent dans la rue il y a de quoi avoir envie de reprendre la route ! Ceci-dit la nuit c’est bien passé dans mon hôtel, et malgré le fait que la moto soit garée devant le « Mafia Klub » (véridique !) elle n’a pas bougé. Le nom de la boite de nuit est à prendre au premier degré vu les berlines noires aux vitres teintées garées devant… Apparemment la mafia locale me tolère suffisamment pour me laisser stationner devant chez eux !

Mais assez d’ambiance citadine, il me faut retrouver les montagnes et vite ! La route de Tsalka est à elle seule une synthèse de l’état du réseau routier géorgien. Au début le bitume est parfait, puis il se dégrade et enfin on voit un peu de terre… On hésite longtemps entre une route et un chemin, et finalement on se retrouve sur un vraie piste défoncée… Les joies du Caucase ! Mais les environs sont sublimes, au fond d’une forêt dense bordée par une rivière qui semble enchantée… J’apprécie de retrouver le calme de la campagne. Je traverse aussi quelques villages typiques, où je me pose fatalement cette question: est-ce moi qui semble sortir du futur ou est-ce que c’est ce village qui est bloqué au siècle dernier ?!

 

 

 

 

Une fois arrivé au bord du lac de Tsalka je retrouve un macadam quasi parfait. Cette région du sud de la Géorgie ressemble un peu à notre Larzac avec ces grands plateaux pelés, son air frais… Et ces troupeaux de brebis en transhumance ! L’espace d’un instant j’ai cru être rentré à la maison, mais il a fallu qu’une Lada défoncée se fraye un chemin entre les bêtes à grand renfort de klaxon pour me rassurer… Je suis toujours dans le Caucase !

Au passage d’un col à 2168 m d’altitude je prends brusquement conscience du changement de climat. Fini la steppe aride d’Arménie, ici le fond de l’air est frais et, miracle, j’ai froid ! Cela faisait tellement longtemps que ça ne m’était pas arrivé, pour la première fois depuis longtemps je ressens le besoin de me couvrir. Je n’ai rien eu à reprocher à mon ensemble Clover en condition estivale, il ventile très bien et permet de supporter la canicule… Mais les aérations sont tellement importantes qu’en dessous de 20°c on grelote ! Fermer les ventilations est assez rapide, la veste est très polyvalente et permet de s’adapter à une large amplitude thermique. Son seul défaut réside dans le fait que l’on soit globalement obligé de l’enlever pour ajuster les aérations. En effet celles des pectoraux sont en fait des poches qu’on enlève, on peut les fixer sur le côté de la veste mais je ne trouve pas ça pratique… Beaucoup les mettrons dans les valises comme moi, et quand les températures baissent  d’un coup on espère vite remettre la main dessus !

 

 

 

J’arrive enfin à la piste de Bakuriani mais j’ai du mal à reconnaitre les lieux car les premiers kilomètres ont été goudronné… Ce qui n’est pas un mal, je me rappelle que l’effet de tôle ondulée y était terrible ! Les quelques villages traversés ont bien changé, l’accès plus rapide à la « ville » (Akhalkalaki) a permis de développer quelques commerces, des abri-bus ont fait leur apparition… Comme quoi un peu de macadam ça change la vie.

Mais pour rejoindre le lac de Tabatskuri c’est une autre paire de manche… Non pas que le chemin soit vraiment difficile mais les embranchements sont très nombreux et quasiment sans aucune indication ! Il me faudra m’en remettre à ma boussole pour ne pas perdre le cap… Et je suis assez fier de dire que j’y suis arrivé en ne me perdant qu’une seule fois !

 

 

 

Après maintes hésitations j’atteins enfin les rives du lac et là c’est le choc ! Une immense étendue d’eau dans un paysage de bout du monde… On se croirait dans les Highlands écossais, avec moins de whiskey et plus de vodka bien sûr ! Le village de Tabatskuri, lui, impressionne par son isolement. En hiver la neige doit recouvrir le plateau et interdire toute sortie… Mieux vaut être préparé !

 

 

 

Si la piste du lac est un régal pour les yeux et la moto ce n’est rien comparé à celle qui mène au col de Tskhratskaros (2454 m), dans un décor lunaire absolument sidérant ! On se sent tout petit, perdu au milieu de nulle part… Un immense sentiment de liberté. Et cette lumière si particulière, entre l’obscurité de l’orage qui menace et ce soleil éblouissant qui fait de la résistance… Il y a toujours des moments magiques dans un road-trip, celui-là en fait partie !

 

 

 

La descente vers Bakuriani (une station de ski réputée en Géorgie) n’est pas mal non plus… A flanc de falaise et tout en épingles, avec un revêtement parfait et une vue plongeante sur la vallée… On aimerait que ça ne s’arrête jamais ! Heureusement, quand le bitume remplace la terre, le plaisir reste entier avec une petite route viroleuse qui n’aurait rien à envier à nos col alpins.

J’ai passé une journée formidable sur la route en Géorgie et je me dis que ça ne peut pas s’arrêter comme ça, il faut que je me trouve un bon spot de bivouac pour réussir aussi la soirée. C’est en m’arrêtant faire des courses à Tsagueri que je me fais aborder par quelques jeunes sur le parking. Ils trouvent ma moto sympa, engagent facilement la conversation et veulent savoir ce que je fais ce soir… Je n’ai quasiment pas le temps de leur expliquer que je compte bivouaquer dans le coin qu’ils m’invitent à venir dormir chez eux ! Pas le temps de réfléchir, ils ont l’air sympa et je me dis que c’est surement la meilleure façon de finir la journée en beauté… Ce soir je dors chez Vassil !

Mon hôte m’invite dans sa maison de famille, il m’explique qu’il vit ici la semaine pour le boulot (il fait des chantiers en tant que plaquistes). Comme sa femme et sa fille reste à Tbilisi, il passe ses soirées avec ses amis d’enfance Giorgi et Aleksander qui ont l’air d’être de sacré fêtards ! On se retrouve donc dans le jardin à partager un repas typiquement géorgien: des khinkalis (sorte de gros ravioli à la viande) copieusement arrosé de tchatcha et de vodka. Les collègues trinquent sans arrêt pour toutes les bonnes choses de la vie: la famille, les potes, le foot, la liberté… Une soirée de folie où on a beaucoup échangé (sans forcément trop se comprendre), ri, bu, mangé… L’occasion de voir qu’en Géorgie on a l’alcool et l’hospitalité facile, bref on sait vivre !

 

 

 

Le réveil sera difficile pour mes amis, si j’ai été sage et me suis couché tôt je crois que ce ne fût pas leur cas… Je l’ai entendu trinquer toute la nuit ! Du coup ils ont peu la gueule de bois et pas trop l’envie d’aller bosser… Après un café turc à vous retourner les boyaux ils décident de m’accompagner au monastère de Timotesubani pour me le faire visiter. Je n’avais pas du tout prévu ça aujourd’hui, mais après la super soirée que j’ai passé avec eux j’ai plutôt envie de leur faire confiance… Et j’ai bien fait ! Le monastère est simple mais néanmoins très beau, perdu au cœur d’une forêt et loin des circuits touristiques connus. En plus de la visite j’aurai même l’occasion de parler rugby avec le pope, ce qui est assez improbable !

 

 

 

Je suis assez triste de quitter Vassil et ses amis, après cette soirée j’aurai bien aimé pouvoir passer plus de temps avec eux… Mais c’est le jeu du voyage, on y fait de belles rencontres mais elles sont forcément éphémères. Je me retrouve à nouveau seul sur la route, direction le nord et la Svanétie.

Le début de la route est assez monotone, je suis sur l’axe routier principal du pays qui relie la mer Noire à la capitale… En gros le seul itinéraire potable pour les camions, qui draine quasiment tout le trafic de Géorgie et qui promet l’enfer aux motards qui l’empruntent ! Impossible de doubler, de voir la route, on respire les pots d’échappements à plein poumons… Le top ! Heureusement le calvaire s’arrête à Zestafoni où je retrouve enfin le chemin des montagnes et de la tranquillité.

Il n’y a rien à voir de particulier sur cet route, pas d’intérêt touristique ou de paysages à retenir… Mais c’est malgré tout un plaisir d’enchainer les virages dans cette belle campagne géorgienne. A la fin on s’ennuierait presque de tout ce calme… Alors pour pimenter la journée j’ai eu la bonne idée de me vautrer ! Pas méchamment bien sûr, juste de quoi me réveiller. A trop rêvasser et à plus regarder le paysage que la route on finit par « croiser les skis »… Ça m’apprendra que quand on commence à se déconcentrer c’est surement qu’il est temps de faire une pause…

Vous me direz qu’il y a pire endroit pour se casser la figure…

 

 

 

Je fini par me trouver un petit coin de bivouac tranquille vers Lentekhi, à un endroit stratégique car au départ de la fameuse piste d’Ushguli que je dois prendre le lendemain. Un itinéraire dans les sommets du Caucase, riche en émotions et sensations fortes… Mais ça sera après une bonne nuit de sommeil !

Je suis rejoins par un couple de russe qui suit le même parcours que moi et cherche aussi à planter sa tente. Serguei et sa femme voyage au guidon d’une vieille Africa Twin « dans son jus », leur équipement est minimaliste mais ils ont tout l’air de baroudeurs expérimentés ! Il me montre des photos de leur journée, les pistes qu’ils ont emprunté étaient réellement hardcore et la cheville de madame s’en souvient… Elle s’est coincée la jambe sous la moto lors d’une chute et elle n’arrive plus à poser le pied par terre !

Mais au lieu d’aller à l’hôpital il préfère camper dans la nature et se partager une bouteille de vin au coin du feu… Une certaine philosophie de la vie, et cela ne les empêchera pas de monter à Ushguli demain… The show must go on !

 

 

 

 

 

 

 

3 réflexions au sujet de « A la découverte du Caucase – 6 – Bienvenue chez les géorgiens »

  1. Papy dit :

    La suite, la suite, la suite!

    On en redemande 😀

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  2. Tamasheq dit :

    et oui… la suite !

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  3. xt1200z dit :

    La suite arrive bientôt… Il faut être patient ! 😉

    Répondre

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