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A la découverte du Caucase – 2 – Immersion en Arménie

Premier pays à choisir le christianisme comme religion officielle, l’Arménie compte une multitude de monastères et base l’essentiel de son tourisme sur ce patrimoine culturel et religieux. Leur visites paraissent incontournables et jalonnent les parcours de tous les voyageurs.Je quitte de Byurakan au petit matin pour partir à l’assaut des pentes du Mont Aragats, point culminant du pays avec son sommet à 4095 m. La route qui y mène s’arrête au bord du lac du volcan, à 3200 m d’altitude, ce qui est nettement plus haut que tous nos cols alpins. Sur place la vue est assez décevante, le lac est quelconque et surtout la ruine d’un vieux bâtiment soviétique gâche complétement le paysage… Un écriteau informant d’un risque radioactif dissuade d’aller s’y balader, petit souvenir d’URSS… Finalement la route est beaucoup plus intéressante, sur les flancs de l’Aragats on bénéficie d’une vue imprenable et vertigineuse sur… Rien, et ça renforce l’impression de rouler sur la lune au milieu de toute cette rocaille !

 

 

 

Le flanc sud du volcan abrite la forteresse d’Amberd, construite en pierres volcaniques au 7ième siècle. Le site mérite le détour, tant pour en apprécier l’architecture que pour profiter de la vue, mais il est pris d’assaut par les touristes. Sur place il y a plusieurs bus de tour-operators dont l’ambiance « beauf » me passe l’envie de rester trop longtemps. Avant de partir une vieille dame me demandera si j’accepte de lui faire faire un tour de moto… L’idée est trop belle pour être refusée, je lui offre « le grand frisson » devant ses camarades de bus hilares. J’aime ce genre de rencontres surréalistes, et je crois qu’elle se souviendra longtemps de son « ride » arménien !

 

 

 

 

Ma prochaine étape est Khor Virap, le plus connu des monastères arméniens. Pour y aller il faut logiquement traverser la capitale, mais vu la chaleur étouffante je préfère tenter ma chance en prenant les chemins de traverses. Sans GPS les changements de directions entre les villages sont parfois hasardeux… Surtout que les panneaux sont souvent inexistants ! Et j’ai fini par me perdre dans les environs d’Etchmiadzin… Pas un détour trop important, mais la route est tellement délabrée qu’il est impossible d’avoir un rythme correct dessus ! D’ailleurs on ne sait pas toujours bien si on roule sur de la terre ou du bitume, c’est dire…

A force de détour je finis tant bien que mal à retrouver mon cap et atteindre Khor Virap. Je suis assez déçu car normalement, depuis la route, il y a un panorama sublime sur le monastère et le mont Ararat au loin…Mais là, avec la brume, on ne voit rien. Je suis venu trop tard dans la journée.

L’Ararat (et ses neiges éternelles) est le symbole de l’Arménie, et sa présence donne une importance particulière au monastère. Malheureusement le volcan ne fait plus partie du pays depuis la fin de la première guerre mondiale, les conflits et les nombreuses négociations sur le cas des frontières ont eu raison de l’Arménie occidentale qui est aujourd’hui rattachée à la Turquie. Ce sujet suscite toujours autant de ressentiment chez les arméniens qui n’ont plus accès à ce lieu symbolique et religieux, suite à la guerre avec l’Azerbaïdjan et la fermeture de la frontière turque (1994).

 

 

 

 

Une fois sur place je me rends compte que l’on ne peut pas atteindre le monastère directement en moto, on doit se contenter du parking tout en bas et monter à pied… Ce qui ne m’enchante guère vu la chaleur écrasante et le poids de mes bottes. Alors que je profite de la présence d’une buvette pour me rafraichir, ce que je prends pour un guide touristique m’aborde et me propose de jeter deux « colombes de la paix » en direction du monastère. Comme il est suivi par tout un groupe de touristes je pense qu’il a besoin de moi pour faire une démo et permettre à ses clients de prendre une photo… Mon cerveau étant complétement ramolli par les 40°c à l’ombre, j’attrape sans convictions ses deux pigeons dégueulasse et les jettent en l’air pour qu’il me fiche la paix… Quelle bonne idée !

En fait s’était un attrape-couillon bien connu en Arménie, ce type n’est pas du tout guide mais plutôt arnaqueur professionnel car il me réclame 1000 Drams (environ 20€) pour sa « prestation ». J’éclate de rire et refuse catégoriquement de le payer, il s’énerve, me suit partout sur le parking et commence à vouloir négocier… Au début je garde un ton un peu moqueur, mais fasse à sa détermination à me soutirer de l’argent je deviens plus sec et le fixe droit dans les yeux. Nous sommes au milieu d’une foule de touristes, soit des « clients » potentiels pour lui et notre débat commence à agacer les vrais guides et les gardes du parking. Je lui fais alors comprendre que je ne suis pas là pour rigoler et qu’il ferait mieux de déguerpir avant d’avoir de gros ennuis… Un blanc passe, et il rembarque sa fierté et ses colombes pour aller tenter sa chance ailleurs…

J’ai beau m’en être bien sorti, cette expérience m’a passablement énervé et je préfère ne pas visiter le monastère plutôt que de me prendre la tête une nouvelle fois. Tant pis pour Khor Virap, il y en aura bien d’autres à voir !

Je profite d’une vraie pause « rafraichissement » un peu plus loin pour faire la connaissance de Cristina et Markus, un couple de baroudeurs suisses. Cela fait des mois qu’ils sont sur la route, ils ont traversés la Russie, la Mongolie, les « Stans », l’Iran… Et ils s’apprêtent à retourner chez eux après ce détour dans le Caucase. Nous passons bien une heure à nous raconter des anecdotes de voyages et à s’échanger des conseils pour la suite de nos parcours… Même si il se pourrait bien que nos routes se croisent à nouveau car nos plans sont à peu près les mêmes: descendre vers le sud et la ville de Tatev.

 

 

 

 

Avant de poursuivre ma route vers le sud il me faut d’abord mettre de l’essence… Ce qui n’est pas toujours facile dans ce pays ! En fait énormément d’arméniens roulent au gaz (avec des installations bricolées qui sentent bon l’explosion hollywoodienne au moindre accident) et donc la plupart des stations ne proposent que ça ! Il ne faut pas attendre de tomber en réserve pour faire le plein, même si l’état très dégradé des routes encourage une consommation plutôt faible.

La route du sud est très plaisante à rouler, on quitte définitivement la zone urbaine d’Erevan pour gagner les montagnes et… Le vide. Car oui l’Arménie c’est plein de vide, de désert, ici on ne se sent pas étouffé par la surpopulation ! Les villages notés sur la carte sont en fait minuscules, pas de commerces, très peu de maisons, et la steppe s’étend à perte de vue… Sublime !

 

 

 

En jetant un coup d’oeil sur la carte je remarque une petite excentricité typique dans le Caucase: l’enclave de Karki. Les trois pays qui composent la région (Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan) sont nés de l’éclatement de l’URSS et leur soudaines indépendances a donné lieu à un conflit extrêmement meurtrier entre les arméniens et les azéris. En cause les frontières des anciennes républiques soviétiques, volontairement  mal « découpées » par les russes dans un but de « diviser pour mieux régner », coincent toute une population azérie en Arménie (enclave du Nakhitchevan) et isolent les arméniens du Haut Karabagh en Azerbaïdjan… Si un cessez-le-feu a été signé en 1994, le conflit n’est toujours pas terminé et la question des frontières reste en suspend. D’ailleurs les troubles subsistent dans certaines zones chaudes, avec des tirs de snipers réguliers qui ont pour but de maintenir une certaine tension entre les deux parties.

Il vaut donc mieux rester vigilant sur son itinéraire, on peut facilement rentrer de manière illégale en Azerbaïdjan car aucun poste de frontière n’empêche certains accès des enclaves. Celle du Nakhitchevan est immense, donc pas de doute possible, mais les autres sont absolument minuscules comme celle de Karki avec à peine 10 km² !

Ma route me conduit jusqu’au sublime monastère de Noravank, au bout du canyon de Zangezur. Les pierres et la roche de la falaise rougeoient avec le soleil couchant… Et me laisse sans voix, l’endroit est tout simplement magique. A côté de ce monastère, Khor Virap parait bien terne…

Même si je ne suis pas quelqu’un de très religieux, j’avoue que la visite de Noravank est incontournable pour quiconque voyagerait en Arménie. Tant pour la qualité de l’architecture, le côté spirituel des lieux et la beauté du paysage.

 

 

 

Le canyon ne permet pas de bivouaquer à cause de son terrain très escarpé, alors je prends un peu de hauteur vers les plateaux qui surplombent la petite ville d’Areni. L’Arménie est l’endroit rêvé pour tous les campeurs, avec sa steppe qui s’étend à perte de vue et sa faible densité de population. Il suffit de suivre la première piste qui se présente, s’éloigner de quelques centaines de mètres de la route et vous tombez invariablement sur le spot de bivouac parfait.

Ce soir j’ai un champ pour moi tout seul, une source à portée de main et la vue sur le soleil se couchant sur la vallée… Le rêve ! Ça augure d’une bonne nuit de sommeil, nécessaire après une première journée arménienne riche en rebondissements !

 

 

3 réflexions au sujet de « A la découverte du Caucase – 2 – Immersion en Arménie »

  1. Ping : travel | TravelTutor.biz

  2. Patrice GEORGES dit :

    Voilà qui me fait rêver! Depuis 2005 mon épouse et moi visitons l’Europe et avons un fort penchant pour l’est. Même si nous voyageons sur une 1300 Pan European, la santé de mon épouse ne permet pas un voyage aussi loin et aussi loin. Merci pour ces images et ces CR qui nous permettent de voyager.

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  3. Dao Dacam dit :

    Tentant, très tentant, …

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