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A la découverte du Caucase – 1 – Premier Contact

A l’extrême est de notre continent, le Caucase se présente comme une charnière entre l’Europe et l’Asie, entre un monde chrétien et un autre musulman… Une région à la croisée des chemins, où vivent une multitudes de peuples et de cultures: russes, géorgiens, arméniens, azéris, turques… Riche et complexe, elle promet beaucoup aux voyageurs ! Pourquoi aller dans le Caucase ? Ce n’est clairement pas la porte à côté (à peu près 4000 kms) alors il faut de bonnes raisons pour y poser les roues de sa moto !

Déjà pour la partie « motarde », la zone étant essentiellement montagneuse on y trouve de nombreux cols à plus de 2000 m d’altitude et on peut facilement allier le plaisir de la route à celui du tout-terrain… Plus ou moins soft !

Ensuite pour l’aspect touristique, on est ici dans ce qui est surement la partie la plus sauvage d’Europe… Les paysages souffrent peu de l’urbanisation et encore moins du tourisme de masse, tout y est authentique… Et absolument sublime ! Les montagnes sont les plus hautes de notre continent, bien plus que notre mont Blanc national, et c’est la garanti d’en prendre plein la vue à chaque cols. Mais la nature n’est pas le seul atout touristique, les amoureux de « vieilles pierres » seront servis avec la multitude de monastères, chapelles troglodytes, forteresses,… A visiter absolument !

Enfin, ceux qui voyagent loin le font souvent par goût des rencontres humaines, de l’échange, et ils seront servis car la culture caucasienne qui accorde une grande part à l’accueil du voyageur. Le contact y est facile, les personnes rencontrées au gré des chemins engagent facilement la conversation et vous proposeront toujours leur aide… Que ce soit des conseils, un repas, un hébergement… Et surtout quelque chose à boire, mais là il faut rester prudent car le chacha sert autant à trinquer qu’à démarrer un Tupolev !

Avant de s’immerger dans la culture du Caucase il faut déjà y aller et faire preuve d’une certaine endurance au vue des étapes marathons que cela impose. Traverser la France, l’Italie, puis tout la péninsule des Balkans et l’immense Turquie… Beaucoup de changement de décor en très peu de temps qui demande une certaine adaptation ! Pour cela la chaine de magasins parisiens Star Motors m’a confié un ensemble veste/pantalon 3en1 de la marque Clover à tester, une tenue sensée s’adapter au chaud, au froid, aux intempéries… Bref sur le papier un vrai truc de baroudeur mais encore faut-il qu’elle résiste au test caucasien ! Entre les steppes pelées où l’air est à 35°c, les cols à plus de 3000m et les orages d’automne… Rien ne lui sera épargné !

Pour voir les détails de la tenue, j’en parle ici.

Dès le départ les conditions météo se montre difficile et je suis bien content de pouvoir enlever/remettre facilement une couche sur ma tenue pour m’adapter. Un premier bivouac glacial dans les alpes (tente gelée, j’ai passé de meilleures nuits…), des orages d’anthologies en Slovénie… Ca donne le ton pour le reste du road trip ! Pour ne pas succomber à l’ennui de l’autoroute je ponctue mes étapes de portions de pistes forestières, mais malgré tout ma route vers la Turquie reste une veritable épreuve d’endurance avec des journées à plus de 10 heures de moto !

 

 

Il me faudra 5 jours pour enfin rallier la Turquie et rentrer en Asie via le pont du Bosphore… C’est toujours un moment d’émotion au moment de changer de continent au guidon de ma moto ! Mais il faut rester concentré, ici le trafic est un enfer et traverser Istanbul n’est pas une partie de plaisir. La ville semble bouchée 24h/24 mais la tolérance de la police turque vis-à-vis des motards m’aide grandement. A fond sur la bande d’arrêt d’urgence, comme le plus grand des hooligans, je nargue les automobilistes bloqués et me sors du « piège » stambouliote !

Après l’effort… Le réconfort, enfin c’est ce que je pensais. J’avais repéré sur internet un petit camping dans les environ de Bolu, sans adresse précise mais apparemment facile à trouver… Enfin, sur google tout est toujours simple… J’ai eu recours à l’aide des locaux à trois reprises, mais entre la communication difficile et les informations toutes contradictoires… Impossible de trouver ce foutu camping ! Il est maintenant 20h, la nuit est tombée, je suis épuisé… La première forêt fera l’affaire pour planter ma tente, tant pis pour la douche.

C’est dans l’obscurité la plus totale que je commence à monter le camp quand, soudain, le faisceau de ma lampe frontale croise deux points lumineux dans la pénombre… Un animal me fixe du regard ! On dirait un gros chien mais son comportement silencieux m’interpelle car ici il n’y a que des chiens de bergers et ceux-ci sont particulièrement bruyants et remuants… Celui-ci n’aboie pas, ne bouge pas… Ce qui est encore plus flippant ! Je reste bien 20 minutes à le fixer avec ma lampe, pour lui montrer que je l’ai bien repéré, qu’il ne m’intimide pas… Et je ne céderai pas dans ce duel de regards, l’animal finira par se lever et disparaitre dans la nuit sans un bruit… Comme une ombre, et le mystère reste entier quand à son identité !

Toute la nuit des chiens viendront grogner contre ma tente et m’empêcheront de dormir… Une nuit bien stressante et très peu reposante ! Ils viendront même jusqu’à perturber mon petit-déjeuner, mais en les voyant à la lumière du jour ils n’avaient rien de semblables à la bête silencieuse qui était passée avant eux. Ce sont de petits chiens de bergers, plutôt trapus et costauds, rien à voir avec la forme très haute et élancée que j’ai vu pu apercevoir la veille… Ai-je vu un loup ? Je n’en serai jamais sûr mais ça en avait tout l’air !

 

 

 

La traversée de la partie asiatique de la Turquie est un « gros morceau » de 1500 kms qu’il me faudra parcourir en 3 jours maximum. Non pas que j’aime le défi kilométrique, mais si je veux pouvoir profiter en Arménie alors je ne peux pas me permettre de faire du tourisme pour l’instant.

Au niveau des paysages c’est immense de vide, des plateaux pelés et désertiques avec un long ruban de bitume qui part toujours plus loin vers l’est. C’est impressionnant et ça a comme un goût de route 66 ! La monotonie du trajet sera atténuée par les rencontres avec des motards qui, comme moi, voyagent vers le Caucase. Des turques bien entendu, mais aussi des tchèques, des allemands… Autant d’occasion de tailler le bout de gras et prendre un verre de çay, le thé local.

Plus je me rapproche de la Géorgie, plus les routes et les villes rétrécissent… Une mise en condition progressive en quelque sorte, qui va de paire avec le style de conduite qui devient de plus en plus « surprenant ». Malgré certains cols à 2500 m, je meurs de chaud sur ma moto et les possibilités de se rafraichir sont rares… Heureusement que ma veste est très bien ventilée, sinon j’aurai cuit sur la selle !

 

 

 

Puis le moment tant attendu… Le passage de la frontière géorgienne ! Mais pas si vite, il y a encore une dernière épreuve d’endurance: le passage obligé aux douanes turques… Et ce n’est pas une mince affaire ! Le poste de Türkgözü est à l’ancienne, c’est à dire un grand bâtiment où il faut passer de bureau en bureau pour faire vérifier tantôt le passeport, tantôt la carte grise… Un processus long et inefficace, quand un seul douanier pourrait faire toutes les vérifications en une seule fois. Là ils ne sont que deux… Et nous sommes une cinquantaine à vouloir passer en Géorgie, il fait 35°c, tout le monde s’agace, les esprits s’échauffent… Une heure de calvaire mais je suis enfin autorisé à passer !

De l’autre côté c’est le grand luxe, un poste frontière moderne et bien organisé, des douaniers bilingues et sympas… Je n’ai pas attendu 5 minutes. Welcome in the  Caucasus !

L’ambiance géorgienne me revient en mémoire… Ce joyeux bordel sur la route où les Lada hors d’âge klaxonnent pour te saluer, le charme désuet de ces villages paumés que personnes ne traversent… Ça m’avait manqué !

Akhaltsikhe, Aspindza, Khertvisi… Je longe rivière Koura au fond de gorges qui n’ont rien à envier à celles du Tarn et je prends le temps de profiter… Plus rien ne presse, le marathon est fini, je suis enfin dans le Caucase et je peux flâner sur la route… Les vacances commencent vraiment !

J’arrive en terrain connu à Vardzia, j’avais visité ce site de monastères troglodytes unique il y a deux ans et bivouaqué tout près. Comme j’ai une bonne mémoire j’arrive à retrouver l’emplacement exact du campement et plante ma tente au même endroit, il faut dire que c’est le lieu idéal pour passer la nuit: la rivière pour se rafraichir, un terrain plat et herbeux et une vue sublime sur la montagne… Je vais faire de beaux rêves !

Pour plus d’infos sur le site de Vardzia: Géorgie on my Mind

 

 

 

Au petit matin je suis réveillé par un jeune fermier très intrigué par ma grosse moto, apparemment j’ai campé dans son champ et il a du mal à comprendre ce que je fais là avec mon tank et tout mon matériel. Alors, comme j’ai un grand cœur et que je sens qu’il en meurt d’envie, je lui propose de faire un tour derrière moi. C’est parti pour un quart d’heure de folie à faire du tout-terrain dans son champ, moi en short/tongs et lui qui lâche des « oh my god » à chaque accélérations… Devant son père mort de rire de nous voir faire les gamins. Je crois qu’ils se rappelleront longtemps de ce matin là !

Aujourd’hui pas le temps de trainer, j’ai rendez-vous avec Nicolas en fin de matinée à la frontière arménienne. Travaillant en Arménie depuis plus de 10 ans et passionné de moto, il m’a gentiment proposé son aide pour le passage des douanes et de m’accompagner sur mes premiers kilomètres dans le pays.

La route jusqu’à la frontière n’est pas un cadeau, il y a pourtant peu de virages mais c’est très difficile de maintenir une vitesse moyenne de 90 km/h ! La faute à un bitume dans un état déplorable et au slalom permanent qu’il faut faire entre les trous, les animaux, les géorgiens ivres… Bref, c’est du sport !

Nicolas m’attend comme prévu sur le bord de la route, peu avant le poste frontière. Nous sympathisons immédiatement, les motards français ne sont pas légions en Arménie et il tenait absolument à partager ce bout de route avec moi… Et moi (grand bavard) je suis très heureux d’avoir quelqu’un à qui parler après une semaine passée en quasi solitaire !

 

 

 

 

Quand il m’a contacté avant mon départ, il me proposait son aide pour passer la frontière et je n’en comprenais pas trop l’intérêt… Après 10 minutes passées avec les douaniers j’ai remercié le ciel de l’avoir avec moi ce jour-là! Personne ne parle anglais, la signalisation est incompréhensible, les procédures floues… Même avec Nicolas en interprète il n’est pas toujours facile de comprendre ce qu’il faut faire… Et les douaniers n’ont pas l’air très au courant non plus, ni doués en informatique ! 1h30 seront nécessaires pour être autorisé à entrer en Arménie, plus une petite taxe de 10€ pour la moto et moi… A payer en liquide, forcément… Mais vu mon exaspération je n’avais plus envie de savoir si s’était réellement légal ou si j’avais payé l’apéro aux douaniers.

Une fois libéré nous mettons le cap sur Gyumri, la deuxième ville d’Arménie avec environ 120000 habitants. Je suis tout de suite amusé par le style de conduite « à l’arménienne » qui consiste à conduire comme si le code de la route n’avais jamais existé ! Aux croisements il n’y a quasiment jamais de signalisation et pourtant le principe de priorité à droite n’existe pas… En fait chacun fait comme il veut, et c’est souvent le plus fou ou celui qui a la plus grosse voiture qui passe en premier. Ça demande un peu d’habitude mais finalement on prend vite goût à ce style anarchique.

Nicolas, chef cuisinier de profession, m’emmène dans une adresse qu’il connait bien pour que je puisse découvrir la cuisine arménienne. Au fond d’une allée en terre battue, à l’abri des regards, se trouve une ferme piscicole spécialisée dans l’élevage d’esturgeons. Ici la gastronomie est assez simple: on mange bien et surtout beaucoup ! Le plateau des entrées est gargantuesque, avec sa salade, son tarama, le fromage, les herbes aromatiques, les galettes… J’étais déjà repu avant que n’arrive le filet d’esturgeon cuit au barbecue… Un véritable délice mais ça va être dur de reprendre la route après tout ça !

 

 

 

 

Pas facile de remonter en selle avec le ventre aussi plein, surtout que les 35°c en plein soleil n’aident pas à garder les yeux ouverts… et qu’il n’y a pas un poil d’ombre pour s’abriter ! Contrairement aux apparences, l’Arménie est un pays de montagne avec très peu de villages en dessous de 1000 m d’altitude… Pourtant la chaleur y est étouffante l’été et tout est sec et pelé. Une steppe immense s’étend face à nous… On se sent tout petit à moto au milieu de tout ce vide !

 

 

 

Au terme d’une journée riche en découverte, Nicolas me guide jusqu’à une petite guest-house au pied du mont Aragats. Une chambre sans luxe mais avec tout ce qu’il faut pour un voyageur: une douche chaude et un lit douillet… Que demandez de plus ?! Un peu d’animation ? Pour ça je n’ai qu’à regarder le trafic routier dans le village de Byurakan, un joyeux bordel où cohabitent voitures, camions et troupeaux de vaches… Me voila bien arrivé en Arménie, j’ai maintenant hâte d’en découvrir tous les recoins !

 

 

 

8 réflexions au sujet de « A la découverte du Caucase – 1 – Premier Contact »

  1. Erwan Abel dit :

    Waow tellement magnifique ! Merci pour ton récit très agréable a lire, qui donne envie de découvrir cette région du monde !

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    • xt1200z dit :

      Merci pour ton commentaire et bonne route à toi !

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  2. abbou dit :

    Salut je trouve ta page Web vraiment sympas je prépare l’Iran bientôt et nous allons faire la Turquie aller-retour je voudrais juste avoir ton retour sur Léa est de nouveau sur la longueur est fait je te laisse mon adresse mail ou sinon tu me répondre via Facebook « HAS SAN »

    salut

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  3. abbou dit :

    désolé, je voulais dire « les heidenau »

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    • xt1200z dit :

      Pas de soucis, je t’envoie un message

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  4. papy thy38 dit :

    Superbe reportage ! pleins de p’tits renseignements utiles !

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  5. Didier Bardis dit :

    Enfin un peu de temps et de silence pour lire tout ce récit … bien tenté de faire pareil en mai et juin … il doit faire bien moins chaud.

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    • xt1200z dit :

      En mai cela peut-être frais en montagne, notamment en Géorgie. Bien se renseigner sur l’ouverture des routes avant de s’y engager 😉

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