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Les aventures de Tonček en Slovénie – Partie 2

Les slovènes aiment à dire qu’ils habitent du côté ensoleillé des alpes, son « sunny side », à l’extrême est où le soleil se lève… Je dirai plutôt que la Slovénie est le « funny side » du massif, avec ses kilomètres de pistes forestières, ses routes à virages qui n’en finissent plus, ses zones urbaines quasi inexistantes… Bref, de quoi vous mettre la banane dans ce parc d’attractions pour motards !Le soleil se lève sur une nouvelle journée de moto dans le Kočevski Rog, un immense plateau entre Kočevje, Novo Mesto et la frontière croate toute proche. Des forêts impénétrables où vivent de nombreux ours, bien à l’abri de l’activité humaine et parfaitement embusqués pour dévorer le premier motard venu… Un des coins les plus reculés de Slovénie qui est surtout connu pour avoir été un des haut lieu de la résistance pendant la seconde guerre mondiale. Le massif étant difficile d’accès et labyrinthique, les partisans purent y construire leurs bases, des hôpitaux, des écoles… En quelque sorte le centre névralgique de la résistance slovène, une sorte de Vercors des Balkans !

Il n’y a qu’à voir comme l’on peut se perdre aisément dans ce dédale de pistes, où toutes se ressemblent, pour comprendre pourquoi l’occupant n’a jamais réussi à conquérir ce bout de montagne ! Quelques panneaux indiquent pourtant les directions, mais il est facile et agréable de s’y égarer… Je roule au « feeling », sans me poser de questions et sans voir de bitume ni de village pendant plus de trois heures !

 

 

 

 

La saison est propice aux rencontres avec les ours, ils sortent à peine de l’hivernation et la faim les rend particulièrement curieux… Mais j’ai eu beau pique-niquer tout seul au fin fond des bois et agiter au vent mes tranches jambons, aucun ours n’est venu me rendre visite ! 10 voyages en Slovénie et je n’en ai jamais vu aucun en liberté… Ils ne doivent pas me trouver suffisamment appétissant !

Pour pimenter la matinée j’ai quand même réussi à faire une petite figure acrobatique… Certains se demanderont comment j’ai bien pu me débrouiller mais sachez qu’il n’est pas facile de rouler, lire sa carte, les panneaux et rêvasser devant les paysages en même temps ! Ça fait beaucoup trop de choses à faire, je devrais prendre un assistant…

 

 

 

Je termine mon errance dans le Kočevski Rog au sommet de Mirna Gora. Je ne sais pas si il s’agit du point culminant du massif mais en tout cas il offre une vue imprenable sur la Croatie au loin et le bassin de la Save. Aujourd’hui le temps est brumeux, difficile d’avoir bonne visibilité, mais j’en profite quand même pour y faire ma pause café. C’est là toute l’intelligence des slovènes, avoir des bornes et des bornes de pistes perdues dans la montagne mais toujours avec un bistro au bout ! Ici on aime l’aventure mais pas mourir de soif !

 

 

 

 

Après un court interlude sur bitume je retrouve vite les pistes forestières oubliées après Semič, même si celles-ci ont moins de charme… Je voulais voir la chapelle de Sven Miklavz (St Nicolas j’imagine…) car je m’imaginais un édifice typique perdu au fois des bois… C’est en fait assez quelconque, mais comme il y a aussi un bistro sur le chemin alors ça garde quand même un peu d’intérêt !

 

 

 

Me voila définitivement dans le bassin de la Save, le terrain se fait plus plat et moins intéressant pour la moto… Il faut bien quelques parties ennuyantes pour apprécier de retrouver la montagne !

Après une bonne nuit de repos chez l’habitant, dans les environs de Brezice, je reprends la route dans le parc national de Kojansko. Enfin quand je dis route, ça tourne plutôt à la piste au bout de quelques kilomètres mais je pense qu’on ne fait pas la distinction entre terre et bitume en Slovénie !

Le Kojansko est réputé pour ses vignobles et ses vergers qui donnent des panoramas sublimes, finement sculptés par l’agriculture… Pas grand chose à voir de particulier, je me plais juste à parcourir ces petites routes à chèvres en profitant de la vue.

 

 

 

 

Il y a de nombreux châteaux et églises à visiter dans le coin, impossible de les voir tous mais je me suis quand même attardé sur le monastère franciscain d’Olimje à deux pas de Podcertrtek (non il n’y a pas de faute de frappe). C’est en fait un ancien château, transformé en édifice religieux à la déco particulièrement chargée… Que ceux qui n’aiment pas les dorures passent leur chemin !

 

 

 

 

Puis je suis parti en complète improvisation en me laissant inspirer par la carte. Une petite route « blanche » qui parcoure la montagne, ce n’est pas prévu mais pourquoi pas ! Et comme souvent je n’ai pas été déçu, me voila à rouler au hasard des chemins sur la montagne de Boč… Un vrai petit coin de paradis !

 

 

 

En arrivant à Maribor je change radicalement de décor, les alpes se profilent devant moi avec les enchainements de virages que cela promet ! D’abord sur goudron, jusqu’à la station de ski de Sven Areh, puis rapidement sur une de ces « gravel road » slovènes dont je commence à raffoler ! Il y en a pour plusieurs heures de piste pour faire le tour du massif, ce qui n’est pas pour me déplaire !

Bon ne cherchez pas à visiter quelque chose dans le Pohorje, il n’y a rien à voir… Mais quelque fois ça fait du bien de ne faire que de la moto et de ne pensez à rien ! Surtout que ces petites rivières invitent au zen et à la relaxation…

 

 

 

Je ne pouvais pas finir la journée sans tenter un dernier challenge, sans me mettre en difficulté une dernière fois…

Pour rejoindre Slovenj Gradec je tente de couper à travers la montagne, ma carte m’indique quelques pistes donc ça doit bien être possible… Sauf que cela n’a rien d’évident ! Quasiment aucun panneau, des impasses, des chemins effondrés… Et ce brave fermier qui tente tant bien que mal de m’indiquer la route dans un mélange de slovène et d’allemand… Alors que je ne parle aucune des deux langues ! A ce moment là je repense à ce choix de faire espagnol en LV2, dans la vie on a pas que des bonnes idées…

Comme je suis entêté je continue de tourner un peu hasard dans la forêt, malgré la nuit qui tombe. Au mieux je trouverai mon chemin, au pire je bivouaquerai sur place… Et c’est pas le bagne ! Mais comme j’ai un brin de chance je finirai quand même par retrouver la direction de Slovenj Gradec… Parfois le « pif » ça a du bon !

 

 

 

Le lendemain sera morose, la faute aux orages qui menacent et qui offrent le minimum syndical en terme de luminosité… Je continue ma traversée des alpes tant bien que mal, en espérant qu’après chaque col la météo va s’améliorer, mais il y a des jours où il ne faut pas trop rêver… Reste quand même quelques paysages qui s’apprécient malgré la grisaille, on imagine alors par beau temps !

 

 

 

Je tente d’aller voir la cascade Rinka, près de Logarska Dolinca, une des plus fameuses du pays… Mais comme il pleut des cordes et qu’il y a une rando de 45min à faire pour y accéder je préfère renoncer… A quoi cela sert d’y aller pour finir trempé comme une serpillère et ne rien voir à cause du brouillard ?

A ce moment là de la journée je me demandais vraiment ce que j’allais bien pouvoir faire, et surtout vous raconter… Mais heureusement que j’ai toujours de bonnes (ou mauvaises) idées pour m’occuper pendant mes voyages ! Au dessus de Solcava il semble y avoir une piste qui traverse d’ouest en est le massif du Smrekovsko Pogorje (je reste vigilant sur les fautes de frappes) et qui me permettrai de mettre un peu de piment dans cette triste journée ! Une idée brillante quand on y voit pas à 10 m sous l’averse et que la carte ne donne qu’une vague idée de l’itinéraire… Le poète sétois disait que « quand on est con, on est con », je crois qu’il n’avait pas tort…

La boue c’est rigolo, enfin, c’est ce que je croyais…

 

 

 

La séance de rigolade s’était avant de m’étaler sur une tentative de demi-tour fumeux ! Note artistique de la figure: 17/20. Amour propre du pilote après la chute: 02/20 !

 

 

Alors une chute à 10km/h dans la boue ça n’a jamais fait mal à une moto, ni à son propriétaire, mais le problème n’est pas là… Le vrai soucis c’est que je ne peux plus la relever !!

En fait le terrain croule littéralement sous le poids du train avant, et toute tentative de redressage ne fait que plonger encore ma moto dans le vide ! Reste la possibilité de la trainer par terre, mais même en me démenant comme un forcené, en tirant dans tous les sens et toutes les positions possible… Rien à faire, la moto remonte bien de quelques dizaines de centimètres mais le pare-carters fini toujours par faire ancre dans la boue et elle ne veut plus bouger !

Relevage interdit, tirage impossible… Au bout de deux heures je doit me rendre à l’évidence: je ne m’en sortirai pas tout seul ! Alors j’ai tout abandonné sur le chemin, la moto, les bagages… et je suis remonté à pied jusqu’à un croisement de pistes dans l’espoir de trouver de l’aide… Et j’ai même pas attendu 5 minutes avant qu’une voiture passe par là ! Une petite famille en vacances avec un papa aussi robuste que serviable qui n’a pas hésité une seconde à l’idée de me porter assistance…

En quelques « tractions » mon compagnon de fortune m’aide à remonter la moto sur la piste et à la relever… Au péril de ses Nike blanches neuves et de ses habits tout propres ! J’avais un peu honte de l’avoir fait se rouler dans la boue avec moi, mais lui n’avait pas l’air désolé en me lançant un « c’est la vie » et en repartant avec le sourire aux lèvres. Il aura une bonne lessive à faire mais j’ai surement apporté un peu d’aventure à son weekend familial bien sage !

 

 

Pour ma part je suis trempé, éreinté… Et probablement plus sale que je ne l’ai jamais été ! Une bonne douche sera nécessaire, pour la moto je laisserai faire la pluie…

Une hutte à 17€ fera l’affaire, difficile d’imaginer camper sous un déluge biblique… Et puis il faut faire sécher le bonhomme et le matériel… Avant le prochain épisode !

 

 

3 réflexions au sujet de « Les aventures de Tonček en Slovénie – Partie 2 »

  1. Helene Calas dit :

    Toujours aussi délicieux. Merci pour ton partage.

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  2. Thomas dit :

    Toujours au top !

    Anto c’est comme le coq de notre regretté Coluche, c’est le seul motard qui arrive à chanter les pieds dans la merde 😀

    Répondre
  3. Didier VICERIAT dit :

    Très beau récit de voyage… Nous y sommes (Slovénie) depuis hier… je vais parcourir ton blog en recherche d’inspiration😉

    Répondre

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